Espace poésie et photos

12 mars 2008

Espace texte de: Sylvestre CLANCIER - Président de la commission poésie et francophonie de la SGDL

Natif du Limousin, berceau de sa famille, Sylvestre Clancier est poète et essayiste. Sa formation philosophique l’a amené à entreprendre des recherches sur l’allégorie et le symbolisme, ainsi que sur la patascience et l’imaginaire. Il est l’auteur de Freud, (Erès 1998), d’un ouvrage de politique fiction, Le Testament de Mao (J-P Delville 1976), ainsi que d’un essai socio-historique La Vie quotidienne en Limousin au XIXème siècle (en collaboration avec Georges-Emmanuel Clancier, éditions Hachette, 1976).

Sylvestre Clancier a surtout publié des poèmes et des fantaisies en prose. Principaux recueils : L’herbier en feu, Enfrance (poèmes & prose) éditions Proverbe 1994 ; Végétal et sournois, éditions Céphéides 1996, Le présent composé, coédition Ecrits des Forges (Québec) et Proverbe 1996, Zeppo et Télégrammes du ciel, éditions Céphéides 1997, Guetteurs d’Eternité, Le Grand livre Namiki, Paris et Tokyo 1998, Ici comme la flèche après l’œuvre du temps. L’animal animé, poèmes, Bestiaire symbolique, mars 1999 aux éditions Proverbe, Pierres de mémoire, 2000, coédition Ecrits des Forges (Québec) et Proverbe (France).

Sylvestre Clancier assure par ailleurs un cours de Civilisation française à l’Université de Paris I. Il est membre fondateur et Président de l’Association des Amis de Gaston Miron, membre de la Maison de poésie et Secrétaire général du Pen Club français. Il préside à la SGDL la commission Poésie.


Photo 1 "Ecorce"

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Un arbre dans le vent ou le livre des origines

 

Un livre en liberté

 

Un livre retenu

 

Tel un ballon lâché dans le vent sur la plaine

 

Un lecteur a souhaité son départ vers d’autres horizons

 

Le livre s’en est allé, feuilles au vent

 

Un bouleau centenaire à l’écorce rompue

 

L’a soudain retenu

 

C’était l’hiver, l’arbre était nu

 

Il jouissait enfin de ces feuilles nouvelles

 

Un chapitre neuf s’ouvrait

 

Une vie plus belle advenait

 

C’était écrit, la boucle était bouclée

 

L’écorce était devenue papier

 

Le papier revenait à la source

 

A la matrice mère qu’il n’aurait jamais dû quitter

 

L’arbre se couvrait de feuilles maintenant imprimées.

 

Sylvestre Clancier



Photo 2 - Dentelle

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Les livres nous aideront-ils à passer l’hiver ?

 

Les livres nous aideront-ils à passer l’hiver ?

 

Se demandait le moulinier

 

Après le désastre de l’été.

 

 

Quand son pressoir avait brûlé

 

Les olives avaient alimenté les flammes

 

Telle était l’œuvre au noir de ces bandits

 

Qui le jalousaient.

 

 

Il avait dû se réfugier au nord

 

Où son frère l’avait accueilli.

 

La neige devant le presbytère

 

Recouvrait la forêt.

 

Il n’y avait plus rien à faire.

 

 

Pour tromper le temps

 

Le moulinier redevenu enfant

 

Tant le choc avait été rude

 

Disposait tête bêche devant sa fenêtre

 

Des livres qui conteraient à tout l’univers

 

Sa terrible infortune.

 

 

 

Photo - Océan
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Le Pays où l’on n’arrive jamais

 

 

Ninon avait rêvée

 

Sa poupée préférée

 

Savait lire.

 

 

Dhôtel André

 

L’ami de son père

 

Lui avait offert la veille

 

Une pêche au trésor

 

Sachant qu’elle rêverait

 

Du Pays où l’on n’arrive jamais.

 

 

Avant de s’endormir

 

Elle avait regardé le livre

 

Edité par son père

 

Signé Dhôtel André

 

Illustré par Damville

 

Comment Fabien regarda l’aurore.

 

 

Elle se retrouvait à la mer

 

Devant elle sa poupée étonnée

 

S’avançait dans l’écume

 

Pour se saisir d’un livre

 

Venu de l’océan :

 

Le Roi Polonius était sauvé.

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Espace texte de: Linda Maria BAROS

Poète francophone d’origine roumaine, née en 1981 à Bucarest. Linda Mario Baros a publié quatre recueils de poèmes, dont deux en France aux éditions Cheyne, du théâtre et des ouvrages de critique littéraire. Son premier recueil écrit en français, Le Livre de signes et d’ombres, a reçu le Prix de la Vocation 2004. Le second, La Maison en lames de rasoir, s’est vu décerner le Prix Apollinaire 2007.

Elle a également traduit une vingtaine de livres en français ou en roumain.

Linda Maria Baros est l’initiatrice et l’organisatrice du festival Le Printemps des Poètes en Roumanie, la directrice de la revue littéraire VERSUs/m qui paraît à Bucarest et la secrétaire adjointe de l’Association des

Traducteurs de Littérature Roumaine (Paris).


Photo 1 : Sauvé des eaux: Texte à venir

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Ceux qui marchent sur l’eau

 

Il y a des livres qui jettent leurs mots

 

  comme quelques flèches aveugles

 

  droit dans les yeux du liseur.

 

 Qui élèvent leurs mots aux yeux cousus

 

  comme s’ils dressaient des faucons,

 

  les posant sur le gant en maille

 

  des événements quotidiens.

 

 

Il y a des livres qui mettent pied à terre, tombent dans les ravins,

 

  dans les fosses communes, s’égarent dans les grottes.

 

 Seule leur ombre flotte par-dessus,

 

 tremble comme quelques généraux

 

  jetés d’un avion au milieu de la jungle,

 

 comme les doigts d’une main coupée, d’une main cachée

 

  entre les rondins amenés en train de la Sibérie.

 

 

Il y a des livres qui marchent sur l’eau,

 

 qui ne connaissent pas la noyade, les mâts,

 

 les sibéries, les cercles clarke.

 

 

Ils flottent comme une eau qui marche sur une autre eau.

photo 2 : Le rail

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Nœuds de voies ferrées

 

 

 

Dans les livres anciens sur les voies ferrées,

 on apprend que les rails demandaient toujours

 des caresses pressantes et de la chair humaine.

   

Les cheminots perdaient la tête à l’appel des locomotives

entrant dans les gares grouillantes,

et se laissaient aussitôt enlever.

 

À la maison, leurs femmes sentaient les traverses de voie ferrée.   

La nuit, sous les draps, étendues à leurs côtés,   

elles cachaient, contre la cuisse, une ombre effilée,

   comme une plume de merle.

 

Elles quémandaient des caresses et poussaient parfois

 de longs cris déchirants dans leurs bras,

pour les habituer déjà aux chants rusés, sifflés, de mort,

de la locomotive.

Pour que leurs hommes, assoupis le jour,

 ne puissent plus entendre son appel.

Pour les détacher enfin des traverses de la voie ferrée

 et des autres caresses pressantes, siamoises,

 qui séparent la tête du corps

  et la chair de la chair.

 

Lorsqu’on feuillette les livres anciens sur les voies ferrées,

 on entend parfois des sifflements, de longs cris

  qui s’élèvent par-dessus les remblais,

  qui flottent par-dessus les forêts et les villes.

 

On les entend comme s’ils venaient des cantons,

  comme s’ils venaient des gares de triage,

comme s’ils prenaient garde à ne pas résonner

   au travers d’une gare déserte.

photo 3: mature

mature

Du cloutage au mât

 

 

Le méchant a écrit un livre.

 

Il l’a gonflé à bloc – on aurait dit une poupée gonflable

 

qu’il a offerte aux passants, dans les marchés,

 

 pour qu’ils en jouissent.

 

 

Le bon a écrit un livre.

 

 Il l’a cloué ensuite à un mât.

 

Après l’avoir lu à travers les marchés,

 

il l’a envoyé courir le monde

 

 pour que les voyants et les non-voyants en jouissent.

 

 

Le grand a rassemblé des ascenseurs et des escaliers intérieurs.

 

 Il a caché le livre dans le noir, derrière de lourds verrous.

 

Il l’a brulé au milieu des marchés,

 

laissant l’obscurité et le froid en jouir.

 

 

 

Le méchant, le bon, le grand.

 

 Ils n’ont pas vaincu.

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Espace texte de: Vivian LOFIEGO

Vivian Lofiego est née en Argentine, issue d’une famille d’origine italienne, du nord et du sud, et d’une branche maternelle venue d’Espagne, enracinée depuis quelques générations en Argentine. Elle a passé son enfance à Buenos Aires dans le quartier de Palermo, celui-là même où vécut Borges.

 Après des études de théâtre et de sciences sociales à Buenos Aires, elle arrive à Paris en 1990. Elle travaille alors au théâtre de l’Odéon avec Lluis Pasqual, et reprend ses études à la Sorbonne en littérature hispanique.

Auteur de plusieurs livres d’artiste, de nouvelles (finaliste du prix Julio Cortazar de la nouvelle 2005), de pièces de théâtre, Vivian Lofiego est également metteur en scène, traductrice en espagnol de Bernard Noël, Silvia Baron Supervielle, André Velter, Segalen, Jean-Pierre Luminet.

Son dernier ouvrage, Pierre d’infini (Atelier des Brisants, 2005), rassemble trois recueils de poésies traduits par Claude Couffon et Claude Bleton. L’Arbre d’Ariel est paru en 1999 chez Indigo, Obsidiennes de la nuit chez Caractères en 1997.

Photo 1 "le Vent" 

le_vent

Océan et Vent, petit hommage à Apollinaire.

J'ai ouvert un livre au milieu de la plage,
ses pages sont des fleuves qui s'en volent
devant mes yeux
Des coquillages partout où se tiennent
les feuilles
Entendez battre leur cœur cogner sur les roches

pages humides
pages ardentes
pages qui dansent

Les poètes pondent des poèmes
Le ciel pond ses nuages
Les pages de petits mots, fourmis noirs

Autour de la mer y il a cet livre
et cet océan que tu connais et
qui ne se repose jamais

 

Photo 2 " les livres et les roseaux" - texte à venir

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Photo 3 "mal aux pages" -texte à venir

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Espace texte de: Myriam MONTOYA

Myriam Montoya est née en 1963 à Bello (Colombie). Elle vit à Paris depuis 1994 où elle a publié les livres Fugues/Fugas (1997) et Déracinements/Desarraigos (1999), traduits par Claude Couffon. En 2004 paraît une anthologie de son œuvre poétique, Vengo de la noche/Je viens de la nuit (éditions Ecrits des Forges et Castor Astral) établie et traduite par Stéphane Chaumet et Claude Couffon.Elle a reçu en 2007 une bourse de création du CNL pour son livre Flor de rechazo/Fleur de refus.Ses poèmes ont également paru dans diverses revues et anthologies collectives en France et à l’étranger.Parallèlement elle a traduit des poètes francophones (Amina Saïd, Michel Thérien, Marcel Kemandjou, Salah Al-Hamdani…) et français (Michel Deguy, Bernard Noël, Stéphane Chaumet, Françoise Ascal…) ainsi que la poète iranienne Forough Farrokhzad. Elle a été invitée à plusieurs festivals internationaux (Medellin, Trois-Rivières, Caracas, Festival itinérant d’Afrique) et à diverses lectures en France, aux Etats-Unis, en Italie, en Allemagne et en Suisse.


Photo 1 "Délit d'opinion"

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Délit d'opinion

Déloyal le temps

qui dans une exhalation

entre ses constantes de fer

apprivoise esprit et ossature

 

Excessif le présent

qui nous relègue à l’ostracisme

objet

page

parole morte

muraille illisible

 

Liberté et lumière

sont promesse et vide

langage d’obsédé

d’aliéné

 

Volonté de

crier, dire

le soulagement.

Myriam MONTOYA

Photo 2" LIBAN"

liban


LIBAN

 

Arbre d’éternelle écriture

 

Implacable racine de résistance

 

 

Les cratères des murailles

 

éjectent au vide de la gloire

 

les martyrs

 

 

Contre l’azur indolent

 

les assises de tes frontières

 

 

Les livres seront

 

comme des oiseaux rapaces

 

ou migratoires

 

qui toujours viennent

 

se repaitre de ton histoire

 

Photo 3 "Sorcellerie"

sorcellerie

SORCELLERIE

Parole secrète

vol ardent du temps

qui déchiffre dans sa combustion

l’alchimie d’encre

l’œil occulte

et les codex du mystère

Mythe de cendre

énergie en transe

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